Mini World (Français)
***
Dernière Danse
Sous un ciel noir comme une mer d'encre, où les étoiles brillaient comme des larmes gelées, Hanbin se tenait immobile au milieu des jardins de Versailles. L'odeur douce de la lavande dansait avec le parfum humide de la terre après une pluie d'automne. Sa cape rouge flottait dans le vent froid comme une flamme vive, ses bordures dorées scintillant sous la lumière pâle de la lune. Son visage, aussi beau qu'une statue, portait des ombres tristes qui glissaient sur ses traits fins. Fils cadet d'une grande famille noble, Hanbin vivait avec un poids lourd : un mariage arrangé qui lui serrait le cœur comme une couronne d'épines. Mais son âme appartenait déjà à Hyuk, un jeune peintre sans nom, dont les pinceaux pleins de couleurs avaient capturé son cœur.
Hyuk se tenait face à lui, ses yeux bruns profonds comme un lac sans fond, reflétant la lumière argentée de la nuit. Ses mains tremblaient, tachées de peinture rouge, et serraient un vieux papier froissé. Ce papier portait des mots durs, un ordre du roi qui interdisait leur amour, tranchant comme une lame.
"Une dernière danse..." murmura Hyuk, sa voix légère comme un fil déchiré par le vent. Hanbin ne supporta pas de le voir si triste et le prit dans ses bras. Leurs ombres se mêlèrent parmi les roses aux épines acérées, dansant au son d'une musique qu'eux seuls entendaient : le bruissement des feuilles mortes, le murmure des fontaines, et les battements affolés de leurs cœurs. La nuit les enveloppait comme une couverture sombre, cachant deux âmes déjà perdues pour le monde. Mais dans ce court instant, ils étaient libres, défiant le destin cruel qui approchait avec le jour.
Ils ne parlaient pas, préférant sentir la chaleur l'un de l'autre, comme si serrer plus fort pouvait arrêter le temps. Les mains de Hanbin tenaient les épaules frêles de Hyuk, caressant sa chemise usée, voulant garder ce moment dans son cœur avant que le soleil ne les sépare pour toujours. Hyuk tomba à genoux, appuyant sa tête contre la poitrine de Hanbin, ses bras l'entourant fort. Il écoutait le rythme de son cœur – une mélodie qui s'assombrissait peu à peu, mais le seul endroit où il avait jamais trouvé la paix.
Cette nuit-là, seul dans sa petite chambre, Hyuk écrivit quelques mots derrière un dessin de Hanbin, un dessin parmi tant d'autres qui parlait de son grand amour :
"Que d'espérance
Sur ce chemin en ton n'absence
J'ai beau trimer, sans toi,
ma vie n'est qu'une décor qui brille
Vide de sens."
***
Tourner dans le Vide
Les jours de Hanbin à la cour étaient comme une pièce de théâtre sans cœur. Les lustres brillaient comme des étoiles tombées du ciel, et les rires des nobles sonnaient comme des verres qui se brisant. Vêtu d'un velours violet foncé avec une broche d'émeraude scintillant à son col, Hanbin n'était qu'une marionnette aux fils dorés, manipulée par son père le roi. Il tournait dans un vide où chaque pas masquait une nostalgie lancinante pour Hyuk. Le souvenir du rire de l'artiste, clair comme un rayon de soleil éclartant sur un lac gelé, le suivait partout, tout comme le portrait caché sous les lourdes planches de bois de sa chambre : un Hanbin vrai, sans masque, les yeux pétillants de la douceur miellée de l'amour, peint par des mains qui connaissaient chaque facette de son âme.
Chaque nuit, quand les bougies s'éteignaient et que les pas des gardes s'éloignaient, Hanbin s'agenouillait près de son lit. Il soulevait silencieusement la planche pour contempler la peinture. Il plongeait dans les yeux que Hyuk avait peints avec tant de douceur et de la passion – des yeux qui l'avaient aimé et lui avaient murmuré des mots tendres qu'il n'entendait plus. Ses doigts touchaient la toile rugueuse, espérant y trouver encore la chaleur de Hyuk à travers l'encre sèche. Mais tout n'était qu'illusion, et la douleur dans son cœur grandissait comme une tempête, l'entraînant dans un océan de solitude et de manque. Dans la peinture, sous le regard de l'artiste, il redevenait si beau.
Sur la colline de Montmartre, dans un grenier où les bois grinçaient sous le froid de l'hiver, Hyuk s'effondrait, le cœur serré de douleur. Une bougie tremblante éclairait ses peintures, où des couleurs fortes – rouge comme le sang, noir comme l'abîme – hurlaient le nom de son bien-aimé. Ses mains, couvertes de peinture sèche, tremblaient en traçant des lignes empreintes de douleur, comme si chaque trait pouvait ramener le parfum de jasmin sur la peau de Hanbin. Mais l'ombre des gardes royaux s'étendait jusqu'ici, leurs bottes métalliques claquant sur les pavés mouillés, leurs regards froids comme des lames. Leur amour était considéré comme une tache d'encre souillant le parchemin immaculé de la noblesse, et le prix était clair : l'exil, ou la mort.
Hyuk s'asseyait souvent près de sa petite fenêtre du grenier, regardant la rue étroite enveloppée de brouillard, où les lampes à huile brillaient faiblement comme des âmes perdues. Il repensait aux nuits à Versailles, quand Hanbin venait en secret avec du pain chaud et du vin rouge, tous deux assis sous la lune, riant et rêvant d'un avenir qui ne serait jamais. Mais maintenant, ce n'étaient que des souvenirs, et chaque coup de pinceau qu'il donnait était teinté de désespoir – une œuvre jamais finie, car le seul qui pouvait la compléter lui avait été arraché.
Puis il chantait, sa voix tremblante résonnant dans une gorge amère de chagrin, reprenant les mots que Hanbin lui avait donnés :
"Lui, il est tout mon monde et bien plus que ça
Seule, je crie son nom quand vient le désarroi
Et puis tout s'effondre quand il n'est plus là
J'aimerais tellement lui dire, mais je n'ose pas
Lui qui me fait
Tourner dans le vide, vide,
Tourner dans le vide."
***
Love Story (Histoire d'Amour)
L'amour entre Hanbin et Hyuk était né deux étés auparavant, dans un coin secret des jardins royaux. Les roses blanches brillaient sous les gouttes de rosée, scintillantes comme des perles. Hyuk était assis sur l'herbe douce et mouillée, dessinant des fleurs avec du charbon, ses cheveux bruns tombant sur ses yeux clairs comme du miel. Hanbin, fuyant les règles dures de son monde doré, apparut comme un mirrage. Son manteau émeraude tachée de pollen, ses bottes écrasaient les brindilles avec la grâce d'un chat blanc de noble lignée. Leur amour s'épanouit vite, comme une plante sauvage – beau, fort, mais fragile, attendant toujours les cisailles du destin, jugé indigne de fleurir entre les murs sacrés de la royauté.
Ils se retrouvaient au crépuscule, lorsque le ciel se parait de teintes d'ambre et de violet rosé, sous les toits effondrés de chapelles abandonnées aux vitraux brisés, ou sous les saules pleureurs bordant la Seine, leurs branches caressant l'eau comme des doigts mélancoliques cherchant la joue d'un amant. Là, ils se promettaient l'éternité, leurs mains enlacées comme des rubans doux, leurs souffles se mêlant chauds dans l'air frais. Hanbin apportait souvent un petit luth, jouait des mélodies sans nom qu'il créait uniquement pour Hyuk, tandis que ce dernier racontait des tableaux qu'il rêvait de peindre – juste eux deux, dans un monde où nul ne pourrait les séparer.
Hanbin chantait :
"Oui il n'est pas fou
Il y croit, c'est tout
Il a voit partout
Il l'attend debout
Une rose à la main
À part lui, il n'attend rien."
Une nuit, sous un grand chêne aux branches formant un dôme naturel, Hanbin s'agenouilla devant Hyuk, tirant de son manteau une petite bague en argent – pas un bijou fastueux de la royauté, mais un trésor qu'il avait fait lui-même, avec leurs initiales gravées. "Même si le monde nous tourne le dos," dit-il, la voix tremblante, "cette bague te rapellera que je suis toujours là, dans ton cœur." Hyuk pleura – non de tristesse, mais de joie – glissant la bague à son doigt et pressant un baiser sur les lèvres du noble, un baiser au goût salé des larmes et doux de l'amour.
Mais dans ce monde de fortune et de pouvoir, leur amour interdit était dangereux. Les murmures des nobles s'élevèrent comme une tempête, et les espions de la reine mère, tapis derrière d'épais rideaux brodés, surprirent leurs baisers volés sous le vieux chêne. Hyuk fut emmené devant le conseil royal, ses mains liées par des cordes rêches qui lui écorchèrent la peau. Ses dessins furent jetés dans le feu, devenant des cendres comme des papillons noirs dansant hors du foyer. Il pleura en silence, laissant le destin décider. Hanbin cria, la voix brisée comme un orage d'été, mais le décret du roi trancha comme du fer : le peintre serait aux confins du royaume, là où seuls les corbeaux croassaient plus fort que les hommes, et Hanbin resterait enfermé, forcé d'épouser une princesse aux yeux bleus qu'il ne pourrait jamais aimer.
***
Comme un Bateau
Hyuk marchait le long des falaises sombres de Bretagne, où la pierre noire tombait dans une mer sauvage, les vagues rugissant comme une meute de loups affamés s'écrasant contre la rive. Il était comme un bateau perdu dans la tempête d'écume et de sel, ses vieilles chaussures usées s'enfonçant dans le sable détrempé, ses cheveux plus longs fouettés par le vent, aportant l'odeur âcre des algues et de la solitude. Son carnet usé serré contre son cœur, renfermait des pages décolorées et tachées d'eau de mer, remplies de lettres jamais envoyées – des mots brouillés par l'océan et les larmes, chaque signe de ponctuation une prière vaine pour le jour où il reverrait son aimé.
Les nuits glaciales, Hyuk faisait un petit feu sur la plage. La lumière dansait sur son visage maigre, où ses yeux, autrefois brillants comme des étoiles, étaient cachés par la tristesse. Il feuilletait les pages usées, relisant les lignes griffonnées à la hâte dans les premiers jours de son exil : "Hanbin, si tu savais comme tu me manques... chaque jour sans toi est une part de moi qui meurt." Il écrivait comme si Hanbin pouvait entendre, comme si la mer pouvait porter ses mots jusqu'au palais distant.
À Versailles, Hanbin regardait l'horizon par une fenêtre encadrée d'or, les rideaux de velours rouge touchant sa joue comme des ombres moqueuses. Il tenait un flacon d'encre oublié par Hyuk, son bouchon usé par ses incessant attouchements, son parfum – un mélange de muguet et de bois brûlé – lui rappelant un écho douloureux de celui qu'il aimait. Le devoir pesait sur ses épaules comme une armure de plomb : une princesse, un mariage, une alliance. Pourtant, son cœur refusait de plier. La nuit, il rêvait d'Hyuk – ses yeux brillants sous un ciel orageux, la chaleur de ses doigts effleurant sa nuque – et se réveillait dans un lit doux mais glacial, son âme dérivante là où elle désirait être.
Hanbin commença à tenir un journal, des pages pleines d'encre pour ne pas devenir fou. Il y consignait chaque souvenir de Hyuk : l'odeur de la peinture à l'huile sur ses mains, la manière dont il penchait la tête en riant d'une histoire absurde, le regard tendre qui le voyait comme son univers entier. Mais chaque mot faisait mal, lui rappelant que tout cela appartenait au passé, que celui qu'il aimait souffrait quelque part là dehors, des tourments qu'il ne pouvait partager. Pourtant, il souhaitait qu'il vive bien, même sans lui.
"Un peu comme un bateau
Qui trouve son équilibre
Entre les vagues et le chaos
Un peu comme un bateau
Avec le temps tout s'éloigne
Avec le temps tout se soigne."
***
S.O.S (Un Cri de Secours)
Les prières de Hanbin semblaient perdues dans le ciel, et Hyuk ne pouvait pas les entendre. Sans Hanbin, comment Hyuk pouvait-il être heureux, alors qu'il pensait à lui autant que Hanbin pensait à lui ?
Les cris de secours de Hyuk étaient silencieux, sa peine gravée dans les fibres mêmes de ses toiles, où le visage de Hanbin apparaissait dans chaque silhouette grise et floue – un appel muet lancé à un monde qui réfusait d'écouter. Il dépérissait dans une maison près de la mer en Bretagne, sa peau blanche comme la neige, son corps frêle enveloppé d'une chemise délavée, son souffle faible comme une bougie vacillant dans le vent. Pourtant, il s'accrochait à la vie, porté par l'espoir fragile de revoir un jour celui qu'il aimait. Ses mains, noircies par le charbon, tremblaient en peignant sa douleur, comme si chaque ligne pouvait ramener la chaleur de Hanbin, la lumière de son existence.
Il se mit à peindre des œuvres plus grandes, des toiles immenses couvraient les murs abîmés de sa maison. Chaque image était un fragment de mémoire : Hanbin sous la lune dans le jardin de Versailles, Hanbin riant radieusement alors qu'ils couraient dans des champs de fleurs sauvages, Hanbin le serrant dans un recoin sombre d'une chapelle en ruine. Mais plus il peignait, plus il se sentait vide, car ces œuvres ne pouvaient ramener son amour. Il s'effondrait souvent sur la table, ses larmes mouillant l'encre, murmurant seul : "Hanbin, sais-tu que je meurs de te manquer ?"
Hanbin envoyait aussi des cris à travers des lettres secrètes, données à des serviteurs fidèles, espérant qu'elles parviendraient à Hyuk. Mais la cour resserrait son étau, chaque mouvement surveillé. La princesse qu'il devait épouser était là – une jeune fille douce au sourire pâle – mais son cœur restait une terre aride. Il ne pouvait l'aimer, pas alors que chaque battement de son cœur criait un seul nom.
Assis, perdu dans ses pensées près d'une fenêtre donnant sur une nuit noire comme son avenir, Hanbin soupira, parlant seul. Il était sur le point de se perdre, incapable d'endurer un instant de plus dans cette cage dorée.
"J'ai toute ma peine comme royaume
Une seule arme m'emprisonne
Voir la lumière entre les barreaux
Et regarder comme le ciel est beau
Entends-tu ma voix qui résonne
Entends-tu ma détresse, y a t-il quelqu'un
Je sens que je me perds
Le silence tue la souffrance en moi."
Chaque rencontre avec la princesse lors de banquets somptueux l'étouffait. Son sourire, aussi doux soit-il, ne pouvait effacer l'image du peintre de son esprit. Une nuit, après un dîner bruyant, Hanbin se cacha dans la bibliothèque royale, cherchant un coin tranquille pour écrire une longue lettre à Hyuk – une lettre qu'il ne pourrait jamais envoyer. "Si tu peux m'entendre, vis, je t'en prie, ne serait-ce que pour moi. Je ne supporte pas l'idée que tu tombes quelque part où je ne peux te sauver."
***
Run Run (Fuir)
Hyuk ne supportait plus d'attendre sans espoir. Il décida de fuir – à travers des forêts sombres pleines de branches tordues, le long de rivières brillantes sous la lune, vers Paris, vers Hanbin. Ses poumons brûlaient comme en feu, ses pieds saignaient d'un rouge vif, ses chaussures déchirées ne le protégeaient plus des pierres et des épines. Mais penser de revoir son amour lui donnait du courage. Peu lui importaient les conséquences ; mieux valait mourir dans ses bras que vivre un jour de plus séparé.
Son voyage était dangereux : des tempêtes le faisaient trembler de froid, des voleurs le guettaient, des loups hurlaient dans la nuit noire, leurs yeux comme des flammes. Mais quand il faiblissait, il touchait la bague d'argent de Hanbin et murmurait : "Encore un peu, et je le reverrai." Parfois, il s'arrêtait près d'une rivière, lavant le sang de ses pieds, regardant son reflet dans l'eau, se demandant si son amour se souvenait de lui comme lui se souvenait de lui.
Hanbin apprit par un jeune garçon fidèle qu'Hyuk revenait. Il prépara sa fuite. La veille de son mariage, alors que les cloches sonnaient comme un chant funèbre, il passa entre les gardes, le cœur battant d'un espoir insensé. Il galopa dans la nuit, les sabots claquant sur les pavés, son souffle devenant des nuages blancs dans l'air glacé, courant après l'amour qu'il refusait d'abandonner.
Sur son cheval, Hanbin pensait sans arrêt à Hyuk : "Était-il sauf ? Était-il blessé ? Savait-il qu'il venait pour lui ?" Il tenait les rênes fort, les yeux brûlant de détermination, même si la peur le rongeait son cœur en silence. Il savait que s'il était pris, la mort serait leur sort à tous deux, mais peu lui importait. Sans Hyuk, la vie n'avait aucun sens.
Inconsciemment, ils se remémoraient tous deux la mélodie d'une promesse d'autrefois, un rêve d'un autre monde :
"Je ferme les yeux et je m'imagine
Sur un nuage ou sur une île
Il y aurait ce que je veux et je serais tranquille
Je ferais les choses doucement
La vie aurait un goût sucré
Pas de stress, je me laisserais aller, au gré du vent."
***
Ego
Leurs retrouvailles furent une tempête de joie mêlée de douleur, dans une ruelle mouillée près de Notre-Dame, sous les yeux des statues de pierre qui les observaient comme des témoins muets. Hanbin s'agenouilla sur les pavés froids, l'orgueil de la noblesse qu'il n'avait jamais exhibé devant le peintre jeté à ses pieds. Il prit les mains d'Hyuk, demandant pardon pour les chaînes que son titre avait mises sur eux. Hyuk, son propre orgueil blessé – brisé par des mois de souffrance, de froid et de solitude – sentit son cœur fondre sous les mains de Hanbin. Ils s'enlacèrent fort, leurs larmes coulant avec la pluie, leur amour brillant comme une petite flamme dans un monde qui voulait l'éteindre.
Hanbin plongea son regard dans les yeux d'Hyuk, désormais dépourvus de l'éclat qu'il avait tant aimé, et son cœur sembla se briser. "Je t'ai fait tant souffrir. Pardon... pardon..." dit-il, la voix cassée par l'angoisse.
Hyuk secoua la tête, ses doigts frêles caressant la joue de Hanbin, murmurant : "Te voir rend tout cela précieux." Ils s'embrassèrent, un baiser plein de pluie et de larmes, comme un dernier au revoir.
Mais ce bonheur fut éphémère. Les lumières des gardes royaux brillèrent au loin, leurs bottes ferrées résonnant comme des tambours de mort. Hyuk pressa Hanbin de fuir, de se sauver, mais Hanbin refusa.
"Si je ne peux t'avoir," dit-il, la voix ferme malgré ses mains tremblantes, "je ne veux rien d'autre." .
Ils restèrent là, main dans la main, prêts à tout affronter pour un instant de plus ensemble. Ils chantèrent leur amour, pour eux, pour tous :
"On est loin, on est loin
Du jardin d'Eden
Entre joie et fatalité
Libérez, libérons, nous de nous-même
Pourquoi souffrir lorsqu'on peut s'aimer?
Brisez les, brisez les, brisez toutes les chaînes
Dévoilez, être que soi."
***
Boîte en Argent
La fureur du roi frappa comme une tempête de neige, froide et sans pitié, éteignant toute lumière à Versailles. Hanbin perdit son titre dans un jugement rapide, sous les regards méprisants des nobles. Taxé de traître à la couronne, son nom fut effacé de chaque parchemin historique, comme s'il n'avait jamais existé, une tache à effacer. Il n'était pas fils unique ; le roi avait d'autres enfants pour poursuivre la mascarade qu'il orchestrait, et il n'hésita pas à rejeter celui qu'il jugeait indigne de sa noble lignée. On l'emmena sous la lumière pâle d'un après-midi d'hiver, sa cape écarlate autrefois fière déchirée en lambeaux, révélant une chemise blanche tachée de sang des coups de fouet reçus lors de l'interrogatoire. Ils le mirent dans un cachot sombre de la Bastille, où les murs humides sentaient la mort, et les chaînes sonnaient comme une mélodie fantomatique, se fondant aux gémissements des autres prisonniers en une symphonie de désespoir.
Dans sa petite cellule, où la lumière filtrait à peine par une fissure dans le mur, Hanbin restait assis, serrant son corps pour garder un peu de chaleur. Chaque mouvement ravivait la douleur de ses plaies, mais la souffrance physique n'était rien face à celle de son cœur. Il pensait à Hyuk : "Avait-il été capturé aussi, subissait-il les mêmes tortures, vivait-il encore ?" Il voulait crier, briser les murs de pierre jusqu'à ce qu'ils s'effondrent, mais ses forces l'avaient abandonné. Tout ce qu'il pouvait faire était murmurer son nom dans l'obscurité, une dernière prière, espérant qu'il l'entende quelque part.
Hyuk fut pris aussi, juste après leur rencontre dans la ruelle près de Notre-Dame. Les gardes le traînèrent dans à travers les rues pavées glaciales de Paris, ses mains attachées, ses pieds nus saignant sur les pierres. Les peintures qu'il avait cachées, derniers fragments de son aimé qu'il portait toujours, furent confisquées et brûlées sous ses yeux dans une cour de pierre froide. Les flammes rugissaient comme des bêtes sauvages, dévorant chaque coup de pinceau, chaque goutte d'encre où il avait versé son âme. Il resta là, impuissant, les larmes coulant sur ses joues creuses, regardant ces bribes de mémoire se réduire en cendres, tourbillonnant dans l'air avant de se dissoudre dans le néant.
On l'emmena au palais, où un juge froid lut son sort, comme un hymne funéraire : un nouvel exil – cette fois au-delà des océans, dans une terre lointaine du Nouveau Monde, d'où nul ne revenait. Hyuk Il ne résista pas, ne supplia pas, sachant que les mots étaient vains face à une telle cruauté. Mais au fond de lui, il espérait que Hanbin vivait encore, et qu'ils pourraient se revoir.
Avant qu'ils ne soient séparés à jamais, dans un bref instant où les gardes se détournèrent, Hanbin donna à Hyuk une petite boîte en argent, un trésor gardé depuis leur première rencontre. À l'intérieur reposaient une mèche de ses cheveux noirs d'ébène et une brindille de lavande séchée, son parfum léger rappelant leurs jours heureux. "Garde-moi près de toi, Hyuk, et vis," murmura-t-il, la voix brisée comme du verre tombant, ses yeux brillant de larmes qu'il retenait. Bien que son visage fût couvert de bleus et de sang séché, mais il sourit encore pour Hyuk – un sourire jadis éclatant, maintenant souillé par le destin qui l'avait traîné dans la boue et piétiné. Le peintre serra la boîte contre sa poitrine, ses ongles grattant le métal comme pour y laisser une ultime marque, un dernier lien alors que les gardes, leurs armures cliquetant comme des os secs, l'arrachaient à la lumière de sa vie.
Dans une charrette vers la mer, Hyuk resta dans un coin, la boîte en argent toujours dans sa main, aussi froide que son cœur à cet instant. Il l'ouvrit, regardant les cheveux et la fleur, et pour la première fois depuis sa recapture, il sanglota sans retenue. Ses larmes mouillaient les pétales secs, comme si elles pouvaient porter sa douleur à Hanbin. "Tu ne peux pas m'abandonner... tu as promis de rester avec moi pour toujours." murmura-t-il. Mais seul le bruit des roues et du vent répondait.
La boîte métallique se réchauffa sous son étreinte trop forte. Entre ses larmes, Hyuk murmura :
"J'ai, j'ai gardé en secret
Dans une boîte en argent
Un petit monde à moi
Des étoiles, un océan
Un peu d'éternité, une flûte de pan
Mais je n'ai rien de toi
Toi qui manque tellement."
***
Mini World (Petit Monde)
Dans les années qui suivirent, exilé dans une terre lointaine du Nouveau Monde – un lieu de jungles humides et de pluies incessantes – Hyuk créa un monde dans sa tête, un sanctuaire où lui et Hanbin pouvaient s'aimer, libres des chaînes de la lignée royale et des décrets cruels. Il le peignait en secret, dans des cabanes vides ou des grottes près de la mer, chaque toile comme une fenêtre sur ce rêve. Ses couleurs brillaient : des champs infinis de fleurs sauvages où ils couraient main dans la main, des après-midi allongés sous un soleil doré, et des nuits enlacés sous un ciel étoilé, chaque étoile un mot d'amour murmuré entre eux.
Mais la vie était dure, elle le confinant à la faim, aux nuits glaciales sans couverture, et aux jours interminables où seul le rugissement des vagues lui tenait compagnie. Hyuk travaillait dans une plantation de canne à sucre sous les yeux vigilants de surveillants brutaux, chaque jour une litanie de douleur et d'humiliation. Ses mains, jadis douces de peinture, se durcirent à force de manier la houe et la machette, de nouvelles cicatrices s'ajoutant aux anciennes, mais il ne se laissait jamais oublier son aimé. La boîte en argent restait cachée dans ses vêtements en lambeaux, et chaque nuit, lorsque la lune filtrait par les fissures de la cabane où il était enfermé, il l'ouvrait, inhalant le faible parfum de lavande et laissant les souvenirs de son amour envelopper son âme.
Des rumeurs sur la mort du noble lui parvinrent par des marins aux visages marqués par la mer, qui passaient parfois par la plantation pour troquer des marchandises. L'un d'eux, un vieux marin aux cheveux gris et aux yeux mélancoliques, raconta que le noble était mort dans les cachots de la Bastille, son corps frêle n'ayant pas résisté au froid et à la cruauté des gardes, son nom effacé de l'histoire par un roi vengeur. "On dit qu'il est mort en refusant de t'abandonner," dit le marin, la voix grave comme l'océan, "il t'aimait plus que sa propre vie."
Hyuk refusa d'y croire au début. Il passait des heures au bord de la mer, fixant l'horizon où le soleil se couchait rouge sang, murmurant au vent : "Tu ne m'as pas quitté si facilement, n'est-ce pas ? Tu as promis de me retrouver, même au-delà de la mort." Mais les jours passant sans lettre ni signe, il commença à accepter la vérité, bien que son cœur se brisât comme une toile déchirée. Il se mit à faire des rêves étranges, où Hanbin apparaissait comme une silhouette floue, debout sous la lune et l'appelant, mais disparaissant comme une brume chaque fois qu'il tentait de s'approcher.
Dans sa cellule glaciale, avant que ses forces ne l'abandonnent, Hanbin grava leurs noms sur le mur de pierre avec un éclat de métal tranchant, le sang de ses doigts tachant chaque lettre. Il s'accrochait à l'espoir que son amour vivait encore, libre, bien que ses propres jours s'écoulent comme du sable entre ses doigts. Chaque nuit, dans un délire fiévreux dû à la faim et au froid, il rêvait des œuvres du peintre, de son sourire, et murmurait dans l'obscurité : "Tant que tu es sauf, je donnerais tout." Ses derniers jours s'étiraient en une étendue infinie de souffrance, mais il ne regretta jamais de l'avoir aimé, jamais de l'avoir choisi plutôt que la gloire royale.
Il laissa quelques dernières entrées de journal, écrites en sang sur un bout de tissu déchiré, avec des rêves inachevés qu'ils partageaient :
"Laissez moi rêver
Laissez moi y croire
Laissez moi dire
Qu'on peut changer l'histoire
Si c'est vrai qu'on est libre
Qu'on peut s'envoler
Qu'on me délivre
Je sense que je vais étouffer
Dans ce mini world."
***
Une Histoire
Dans cette terre d'exil lointaine, où les jungles humides bruissaient d'insectes la nuit et les pluies persistantes transformaient la terre en boue, Hyuk continuait de peindre, mais chaque œuvre portait désormais une teinte plus sombre. Il peignait des champs de fleurs maintenant flétris en cendres, des ciels étoilés engloutis par l'ombre, et l'image de son aimé – non plus l'éclat de ses souvenirs, mais une silhouette floue, comme s'il s'effaçait du monde, glissant hors de son esprit. Ces peintures étaient ses derniers cris, envoyés à un monde qui n'écoutait plus.
Il s'asseyait sur une falaise, regardant la mer noire, chantant les chansons tristes que Hanbin jouait autrefois pour lui. Sa voix se perdait dans le vent, se mêlant au fracas des vagues, comme une lamentation pour un amour perdu. Il n'espérait plus rentrer, mais gardait la bague d'argent à son doigt, un rappel qu'on l'avait aimé plus que la vie elle-même. Parfois, il sortait la boîte en argent, l'ouvrait pour poser la lavande séchée dans sa paume, respirant le faible parfum qui subsistait, imaginant son amour près de lui, l'observant à travers les vagues lointaines.
Il commença un journal, non sur papier – car il n'en avait plus – mais en gravant des mots sur des bouts de bois trouvés dans la forêt. Il y racontait les jours qu'ils avaient vécus, les fois où ils avaient échappé aux regards de la cour pour se retrouver, les rires et les larmes partagés. "Si quelqu'un trouve ces lignes un jour," grava-t-il sur un grand morceau, "sachez qu'il y eut un amour si grand qu'il fit trembler le monde." Il sourit et cacha le bois sous les racines d'un arbre ancien, une façon de préserver leur mémoire, bien qu'il doutât que quiconque le découvrît.
"Un objet sans éclat
Alors j'ai crié, j'ai pensé à toi
J'ai noyé le ciel dans les vagues, les vagues
Tous mes regrets, toute mon histoire."
Hyuk parlait aussi aux autres exilés, ceux qui avaient perdu famille, foyer et espoir. Ils écoutaient son récit avec des yeux emplis de compassion, certains le surnommant "le peintre de l'amour". Peu à peu, il trouva un mince réconfort à raconter son histoire, bien que chaque mention du nom de son aimé comprimât son cœur. Ignorant que, loin de là, ses récits se propageaient par les marins et les marchands, devenant une petite légende dans les tavernes de France, celle de deux âmes qui s'aimèrent malgré tous les préjugés et les souffrances.
***
C'est la Vie
Hyuk se tenait au bord d'une falaise, la boîte en argent toujours dans sa main, désormais usée par le temps, ses motifs gravés effacés par le vent marin et le sel jusqu'à devenir méconnaissables. Son visage portait les marques des années : ses cheveux, jadis d'un châtain chaleureux, étaient blancs comme la brume, ses yeux, autrefois brillants, voilés par la peine.
Il avait entendu la mort de son aimé par plusieurs venant de la mère patrie lointaine, leurs voix basses de tristesse : "Ce jeune homme est mort en prison, sans visiteurs, sans mémoire." Il ne pleura plus. Il avait tant pleuré au fil des ans que ses larmes semblaient s'être taries, évaporées dans les vents salés de la vaste mer.
Pour une dernière fois, il ouvrit lentement la boîte, laissant les pétales de lavande séchée s'envoler dans la brise, tourbillonnant dans l'air comme de petits papillons, portant son ultime adieu à celui qui avait été son monde entier. "Adieu, Hanbin," murmura-t-il, la voix légère comme le vent, "à bientôt dans un autre monde, où nous pourrons nous aimer librement." Il resta là, regardant les pétales disparaître dans le ciel, et pour la première fois depuis des années, il ressentit une once de paix – non parce que la douleur s'était éteinte, mais parce qu'il savait que, malgré la cruauté de ce monde, leur amour perdurait, transcendant même la mort.
Hyuk vécut encore quelques années, mais sa santé déclina sous le poids des années de labeur et du froid mordant de l'exil. Il mourut une nuit d'orage, recroquevillé dans sa hutte, la main serrant encore la boîte en argent, les yeux clos avec un léger sourire – comme s'il avait enfin retrouvé son amour dans un rêve éternel. Ses compagnons d'exil l'enterrèrent près de la mer, sous un arbre ancien, gravant sur une petite pierre : "Ici repose un peintre, aimé et aimant à travers d'innombrables vies au-delà."
C'est la vie – cruelle, incessante, indifférente à leur flamme. Leur histoire devint un murmure parmi les poètes et artistes de France, une tragédie de deux âmes osant s'aimer dans un monde qui les rejetait. Elle perdura dans les œuvres du peintre, cachées dans des caves poussiéreuses ou suspendues discrètement dans de petites galeries, et dans les bouts de bois gravés qu'il laissa derrière lui. Ils reposaient là, attendant des explorateurs curieux de leur histoire, jusqu'à ce qu'un jour, leur amour revive sous la lumière du soleil, là où il aurait toujours dû être.
"Sur la falaise, le vent froid souffle,
Pétales de lavande s'envolent, larmes s'effacent.
Boîte d'argent en main, cœur gravé,
Vagues rugissent fort, qui m'entend pleurer ?
Sous l'arbre ancien, une tombe silencieuse,
Bague d'argent brille, foi inébranlable.
Légendes résonnent dans le ciel lointain,
Amour éternel défie la tempête."
- Fin -
Bạn đang đọc truyện trên: Truyen2U.Com