Chapitre quinze.
( SIRIUS BLACK ✶ Au-dessus de Londres. )
Le vent que février emmène est glacial. Aujourd'hui, il n'y a pas de soleil dans le ciel, juste des nuages blancs à perte de vue. De minuscules gouttes de pluie frappent le visage du protagoniste, et celui-là fait semblant de ne pas les remarquer. Il est un mauvais acteur! ( Il n'y a que ses larmes pour espérer se fondre avec les caprices du ciel ) ㅡ Car la sentence est tombée ; janvier est mort ( avec lui, les rayons froids d'un soleil sans éclat ).
La moto bleue pétarade et personne n'est assez attentif pour l'entendre ㅡ personne ne semble s'en soucier. Sirius pourrait rire s'il n'avait pas arrêté le bourbon ( car ici, personne ne semblait se soucier de rien. Rien, à part eux-même ). Sirius a posé sa bouteille ; dans un élan de lucidité, a réalisé que le chagrin ne se noie pas dans un verre vide. Les restes de trois nuits sont toujours gravés sur son visage triste et mal rasé ( tant pis! Il ignore ses cheveux sales maintenant que ceux-ci sont dissimulés sous son casque usé ㅡ et toujours trop grand pour lui ).
S'il se posait sur le toit d'un immeuble, quelqu'un le remarquerait-il ? Ou faudrait-il qu'il hurle sa peine sur Londres, jusqu'à ce que ses cordes vocales saignent ( et que sa douleur fasse chœur avec un train passant sur la voie ferrée non loin de là / Dommage pour toi, Sirius, les autres ne t'entendent pas ).
En réalité, l'auteur grossit ces traits. Il y a bien quelqu'un qui se tient là, à attendre le sorcier.
ㅡ Désolé du retard. ( Sirius pourrait trouver une excuse, il n'en a pas. Il n'avait pas envie de sortir du lit, ce matin. Trop alourdi par le chagrin ).
ㅡ Pas de soucis. ( Marigold s'en fiche. Elle n'a pas dormi de la nuit ).
Aucun d'eux ne veut parler. Pas que l'autre soit le problème, non. Ils sont tout simplement pris au piège, noyés dans un flot de pensée qui engourdit les langues, qui fait déborder leurs yeux cernés. Sirius a trop pleuré, Marigold n'y arrive pas. Il n'y a plus de juste milieu, entre eux.
ㅡ Viens. La marche est cassée.
La sorcière ouvre le chemin ( elle ferme ses poings sur son gilet, le tire sur sa poitrine ), disparaît derrière une porte après avoir lancé les derniers mots comme une mise en garde, neutre, et sans savoir si Sirius allait les attraper. Lui, il abandonne sa moto volante sur le toit ( personne ne vient jamais ici, Marigold avait dit ). Il fait attention à la marche, comme elle le lui a dit.
ㅡ C'est le bordel, fais pas gaffe.
ㅡ T'as pas vu l'état de mon appartement. Probablement pire que chez toi.
Marigold le croit sur parole. Elle se souvient de l'appartement de Sirius, celui qu'il a acheté avec l'argent de son oncle Alphard. Au moins, il n'y a aucun fantôme pour hanter le lit et le salon.
Hier soir, Marigold a hésité à rentrer. Aujourd'hui, elle hésite encore. Le pas de la porte la dévisage, et c'est un combat de regard acharné ( la main que Sirius pose sur son épaule vient y mettre fin ).
ㅡ Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il demande.
ㅡ J'ai vu mon frère, hier. Elle répond.
C'est toujours un peu dur de parler, alors elle ouvre la porte et la voilà en Enfer. Son propre enfer à elle, que Sirius ne peut pas comprendre.
ㅡ Tu veux parler... De quelque chose ?
ㅡ Je crois pas.
( On ne sait pas qui parle. Aucune importance, aucun d'eux ne veut parler ).
ㅡ Du thé ?
ㅡ Non, merci.
ㅡ Pas de soucis. ( Ça arrange Marigold. La bouilloire sale est toujours posée sur le feu, éteint, abandonnée après la fuite de Remus. Un dépôt s'est sûrement incrusté dans la faïence, Marigold ne fait plus la vaisselle ).
ㅡ Tu as vu Camille ?
ㅡ Oui.
Sirius soupire, il perd ses mots ( ceux-ci s'enfuient, partout et par toutes les issues possible! Ils courent sur les murs tâchés d'humidité, le sorcier n'arrive pas à les rattraper ).
Marigold soupire, aussi. Les mots, ils ne viennent pas ; et Sirius ne pose pas de question, alors une dissimulation n'est pas un mensonge tant qu'il ne met pas d'ordre dans ses pensées ( Marigold n'a pas vu Camille sur la colline. Hier, avant de partir, elle a essayé de dire la vérité ㅡ Je peux la voir ? Je la connais, nous étions amies à l'école. Venusia avait accepté. Camille était jolie, pâle et froide. Une vraie poupée ).
ㅡ Comment elle était ?
ㅡ Belle.
ㅡ Comme toujours, pas vrai ?
ㅡ Oui. ( Marigold pense à Silas. Elle veut vomir. Elle l'a déjà fait, hier. Plusieurs fois. Dorcas ne savait pas quoi dire non plus ).
ㅡ En fait, je crois que je voudrais bien du thé, s'il te plaît.
( BENJY FENWICK ✶ Chez lui. )
C'est une habitude chez Benjy, il se laisse défier par le temps. La petite horloge accrochée au mur s'amuse à compter les secondes ㅡ Tic Tac. C'est bien tout ce qu'il lui reste, une poignée de secondes, avant que Dorcas ne rentre à la maison. Benjy est assis à table, face à un verre vide ( le verre est sale, on ne connaît rien de la nature du contenu. Benjy est un peu fatigué, ces derniers temps ). Il dévisage l'horloge, la défie de sonner le temps qui passe ; et elle n'en a rien à faire. Il voudrait se lever et la décrocher, mais c'est un héritage familial ( et Dorcas lui en voudrait ).
C'est une habitude chez Benjy, il n'est pas très bon avec les mots. Il n'a aucun mal à les voir couler à flots à peine ses lèvres ouvertes, mais il se perd sur leur sens et trébuche sur leur poids. Les mots sortent trop vite, trop maladroits. Comment va-t-il s'en sortir, ce soir ? ( Car c'est une pièce dans la pièce. Il répète pour son grand rôle, s'apprête à performer. Son seul public est la femme qui lui donne la réplique, celle qu'il a épousé ).
ㅡ Tu es rentré depuis longtemps ?
( Il est l'heure. )
ㅡ J'ai passé l'après-midi à la maison. Je... J'avais des choses à régler en dehors du Ministère, Alastor m'a donné congé une fois terminé.
ㅡ Oh. Tant mieux.
Dorcas ne semble pas ravie. Qu'en est-il de ses congés à elle ? Elle qui vient de perdre ses deux meilleures amies, elle qui travaille chaque jour au Ministère. Non, Dorcas n'est pas contente. Ça fait bien quelques jours que ça ne va pas, évidemment ㅡ ce soir, Benjy en fera les frais. Elle sera désolée un peu plus tard.
ㅡ Il faut que je te parle de quelque chose.
ㅡ Ah. Je t'écoute. ( Elle pose son sac sur la table, s'apprête à le vider. C'est ironique, ce n'est pas elle qui prend la parole. Elle se contente d'écouter ).
ㅡ Cette... Affaire, que j'avais à régler en dehors du Ministère. J'ai dû me rendre à l'Hopital Sainte Mangouste avec Alastor.
ㅡ J'espère que tu as pu régler ton affaire.
ㅡ Dorcas. ( Ils se regardent. Il n'y a pas d'animosité entre eux, rien que des secrets dont ils ont connaissance tous les deux. Alors, ce n'est plus un secret! Il ne reste que l'ombre d'une cachotterie, comme une trahison qui s'assied à table avec eux. Benjy continue ). J'ai croisé une sorcière assignée au service sécurité. Pourquoi est-ce que tu es allée à l'hôpital hier ?
ㅡ J'avais des choses à régler.
ㅡ Des choses... ( Benjy fronce les sourcils, il n'aime pas le mensonge ). Tu as fais entrer Marigold à l'hôpital.
ㅡ Je ne m'excuserais pas d'avoir agi comme une amie. C'était ton amie aussi, bien que tu sembles l'avoir oublié.
ㅡ Tu l'as emmené voir son frère ?
ㅡ Oui.
ㅡ Et qu'a-t-elle fait ?
ㅡ Rien. Elle était bouleversée, qu'est-ce qui aurais pu se passer ?
Benjy ne répond pas. Ils sont tous les deux en colère, désormais, mais Dorcas est la seule à parler :
ㅡ Qu'est-ce que tu attends de moi ? Je ne m'excuserais pas de lui avoir permis de dire au revoir à son frère.
ㅡ On l'a incinéré. Une journée plus tôt que prévu, pour éviter les questions. Pour éviter que ton écart, ton acte de bienveillance ne crée de problèmes.
ㅡ Eh bien, soit. Les problèmes sont évités, Marigold a pu dire adieu. Elle n'est ni fugitive, ni recherchée, et il n'y a aucune interdiction pour elle d'entrer dans un lieu public. Je ne vois pas pourquoi tu parles comme si j'avais moi-même commis un crime.
ㅡ Les cendres de Silas ont disparu. Juste après l'incinération, elles ont été transportées au Ministère afin d'être détruites, mais l'urne n'y est jamais arrivée. Alastor suspecte que Marigold et toi soyez derrière ça, et il devient compliqué de te défendre alors que tu me caches des choses.
Dorcas hausse les épaules, elle ne voit pas le problème. Benjy semble plus soucieux à propos des cendres que de leur mariage. Il ne remarque même pas que son annulaire est nu, qu'il a oublié de mettre son alliance. Il ne remarque pas le même oubli chez Dorcas.
C'est une habitude, chez Benjy. Il accuse les autres, ne remarque même pas la corde nouée à son cou ( car il est aussi coupable qu'eux, mais s'est lié d'amitié avec les bourreaux. Rien d'important! On le pendra sans cérémonie, au milieu de ceux qu'il a trahi ).
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